Abraham Pointchevale habite son ours au musée de la chasse en 2014 

Charly Le Mindu fait danser ses créatures de cheveux au Palais de Tokyo en 2016  -  de véritables sculptures animées, tribales et contemporaines

 

Zoè Gruni à la Galerie Depardieu en 2008

       Je m’y intéresse car c’est pour moi une notion qui détermine une vie. Si rien n’est plus sacré, alors tout est permit, tout est transgressable. Le sacré, ce que nous respectons plus que nous même,  donne une valeur et du sens à nos vies, les rend intenses. 

 

 

      Je m’intéresse au sacré, à ce qui nous dépasse, aux actions et sacrifices que nous sommes capables de faire pour des notions impalpables, indémontrées, invisibles. 

 

    Je cherche à comprendre ce que l’on ressent comme sacré, ce qui le fut, ce qui l’est pour d’autres.

 Qu’est ce qui fait que le sacré l’est ?

 

 

    Notre époque, peut être plus que d’autre a vu se déplacer le sacré. Du religieux au laïc, du dogmatique à l’ésotérique, du transcendantale au social, de la communauté à l’individu etc...Les comportements animistes, les réflexes d’idolâtrie sont intacts malgré toutes nos sophistications.

 

      

Il s’agit d’engendrer une bête géante dans la matière : une créature imposante avec des matériaux bruts, organiques, d’origine végétale ou animale. Un monstre, grandeur nature de plus de 20 mètres de long.

 

 

   Tout le charme et l’enjeux de ce projet est dans la précision de sa réalisation.        Dans la continuité de mon travail, le détail dans la matière fera parti de l’émerveillement recherché mais l’esthétique générale, la structure, le dessin de la bête entière est un défi nouveau qui me reconnecte avec mon instinct figuratif et mon attirance pour le motif. 

    Je veux la bête envoutante, séductrice, émotive, précieuse. Quitte à travailler dans un aussi grand format, j’aimerais être généreuse, tant de près que de loin. Comme la nature l’est. 

 

 

       Je vais chercher des matériaux en fonction de cela et de leur caractère précieux. Il doivent avoir une vrai existence par eux même, pour eux même. Ils doivent aussi pouvoir exister de loin dans la formation d’un motif, d’un dessin de peau, de carapace, de fourrure.

Je choisirai les matériaux les uns par rapport aux autres, je dois pouvoir trancher dans les couleurs, les hauteurs, les textures.

Il surgit du nadir

 

Chateau Malromé 

06.10.2018 – 16.12.2018

Commissaire d’exposition, Richard Leydier 

 

 

Les œuvres d’Angé- lique de Chabot (née en 1988) donnent vie à un bes- tiaire étrange peuplé de chimères. Crustacés, bêtes à plumes et au pelage soyeux s’hybrident comme autant de monstres précieux, de totems, de talismans magiques. Il y est question d’une mystique ani- miste, d’une métaphysique im- mortelle, de la persistance du sacré et de la manière dont il s’incarne encore dans nos vies. Ses œuvres sont habi- tées par des esprits anciens, « des dieux à adorer ou à blasphémer ». 

Dans la grande galerie du Château Malromé, un dra- gon déploie son corps im- mense, si grand qu’il paraît avoir grandi entre ces murs depuis des millénaires. Il a en tout cas été créé, au fil des mois et des voyages entre la vie et le travail de l’artiste, au cours desquels elle a collec- té et assemblé des matériaux hétéroclites. Sur un squelette de branches calcinées, des huitres et crustacés, prélevés, péchés, dégustés, des plumes d’oiseaux rares, des peaux trouvées de bêtes diverses composent un corps arcim- boldesque. Comme si ces animaux avaient offert leur toison pour que la bête voie le jour. 

Ilyaeneffetdanscegrand reptile quelque chose d’une divinité très ancienne et uni- verselle. Le dragon est com- mun à pratiquement toutes les mythologies, notamment orientales. Il incarne parti- culièrement bien l’idée du sacré, sa dimension indes- tructible, l’incroyable force motrice qu’il génère, l’équi- libre qu’il tente de préserver entre bien et mal. Le dragon représente la sagesse, mais il inspire aussi la terreur. Il est une figure chtonienne qui re- surgit régulièrement des pro- fondeurs. « J’essaye d’insuffler tout cela dans une bête mys- tique qu’on viendrait adorer », nous dit l’artiste. 

Il surgit du Nadir est à la fois une naissance, et également une renaissance, une résur- gence, tant ce dragon draine dans son sillage un grand nombre d’histoires. Dans l’as- tronomie, le Nadir est l’inverse du zénith. Il faut passer par le centre de la Terre, traver- ser son noyau incandescent et les couches carbonifères, pour en contempler la lumière obscure. Descendre ainsi dans les tréfonds minéraux et océaniques, voire même très loin à l’intérieur de soi, pour remonter le temps. Le Nadir est, en quelque sorte, une ma- nière de soleil noir.

 

Commissaire d’exposition :

Richard Leydier